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La participation : calcul, versement, déblocage et rôle du CSE

La participation redistribue aux salariés une partie des bénéfices de l’entreprise. Elle est obligatoire au-delà de 50 salariés mais pas toujours perçue. Pourquoi certains salariés n’en touchent jamais ? Comment se calcule-t-elle, et sur quoi le CSE peut-il peser ? MémentoCSE fait le point.

La participation
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La participation est obligatoire au-delà de 50 salariés

La participation est obligatoire dans les entreprises d’au moins 50 salariés, facultative en dessous. Son objet : garantir collectivement aux salariés le droit de participer aux résultats de l’entreprise, sous forme d’une réserve spéciale de participation (RSP) calculée sur le bénéfice net.

Deux modes de calcul sont possibles :

  • L’application de la formule légale
  • Une formule dérogatoire, qui doit apporter aux salariés au moins autant que la formule légale

Autant le dire : cette seconde option reste très rare. L’objectif est généralement de verser ce que la loi impose, rarement davantage.

La formule légale :

RSP = (½ Bénéfice net − 5 % des fonds propres) × Salaires / Valeur ajoutée

💡 Une exception depuis 2023. À titre expérimental pendant 5 ans à compter du 29 novembre 2023, les entreprises non assujetties à la participation peuvent mettre en place un régime volontaire avec une formule moins favorable que la formule légale (article 4 de la loi n° 2023-1107).

Le plafond individuel. Les droits attribués à un même salarié au titre d’un exercice ne peuvent excéder 75 % du PASS, soit 36 045 € en 2026 (article L. 3324-5).

Pas de bénéfice = pas de participation

S’il n’y a pas de bénéfice, il n’y a pas de participation. C’est notamment le cas de nombreuses sociétés appartenant à un groupe qui remonte tous les bénéfices à la holding, sans qu’un accord de groupe ait été signé.

⚠️ Le paradoxe des dividendes. Plus les actionnaires se versent de dividendes, plus la participation est élevée. Les fonds propres correspondent au capital et aux réserves constituées par les bénéfices laissés dans l’entreprise. Comme on retranche 5 % des fonds propres à la moitié du bénéfice net, plus les actionnaires vident les réserves, plus ces 5 % sont faibles et plus la RSP est importante.

💡 Le supplément de participation. La loi permet à l’employeur de verser un supplément, y compris lorsque l’application de la formule ne dégage aucune RSP. C’est un levier de négociation à ne pas négliger.

Quand doit être signé un accord de participation ?

L’accord doit être conclu au plus tard dans les 12 mois suivant la clôture de l’exercice ayant fait naître une première RSP. À défaut d’accord entre l’employeur et les syndicats ou le CSE, l’inspection du travail doit en être informée.

Cas de l’UES. Lorsque le CSE est constitué au niveau d’une Unité Économique et Sociale, l’obligation s’applique à l’UES dès lors que les entreprises qui la composent totalisent au moins 50 salariés (article L. 3322-2). Certaines structures à but non lucratif peuvent également y être soumises en raison de leur régime fiscal.

Deux sujets principaux à négocier

La répartition de la RSP peut être uniforme, proportionnelle au salaire, ou mixte. Les hauts salaires plaideront pour le proportionnel, les bas salaires pour l’uniforme.

💡 L’argument en faveur de la répartition uniforme : la compétence est déjà récompensée par le niveau de salaire. La participation, elle, récompense l’effort collectif et chacun a contribué au résultat, de l’ouvrier au cadre dirigeant.

La prise en compte du temps de présence. Sauf pour les absences liées au congé de maternité ou d’adoption, à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, qui sont assimilées à du temps de présence.

Blocage, déblocage et avances

Le versement immédiat. La participation n’est plus obligatoirement bloquée 5 ans. Chaque salarié peut demander, dans les 15 jours suivant la communication du montant, à en percevoir tout ou partie immédiatement.

À défaut de demande, les sommes sont indisponibles pendant 5 ans (article L. 3324-10) — portés à 8 ans en cas d’application du régime d’autorité (article L. 3323-5).

Les avances en cours d’exercice. Depuis le 7 juillet 2024, l’accord peut prévoir le versement d’avances sur les sommes dues. L’employeur informe alors chaque salarié, qui dispose de 15 jours pour donner son accord, par lettre recommandée ou remise en main propre contre récépissé.

Les cas de déblocage anticipé

Le déblocage sans perte des exonérations est possible dans treize cas listés à l’article R. 3324-22, sur présentation de justificatifs.

Situations familiales

  • Mariage ou conclusion d’un PACS
  • Naissance ou adoption d’un enfant, dès lors que le foyer compte déjà au moins deux enfants à charge
  • Divorce, séparation ou dissolution d’un PACS, avec résidence d’au moins un enfant au domicile
  • Violences conjugales, sur ordonnance de protection ou en cas de poursuites pénales
  • Décès de l’intéressé, de son conjoint ou partenaire de PACS
  • Activité de proche aidant exercée par le salarié, son conjoint ou son partenaire (nouveau — décret 2024-690)

Situations professionnelles et personnelles

  • Invalidité de l’intéressé, de ses enfants, de son conjoint ou partenaire
  • Rupture du contrat de travail, cessation d’activité, fin de mandat social
  • Situation de surendettement

Projets d’investissement

  • Création ou reprise d’entreprise
  • Acquisition ou agrandissement de la résidence principale, ou remise en état après catastrophe naturelle
  • Travaux de rénovation énergétique de la résidence principale (nouveau : décret 2024-690)
  • Achat d’un véhicule propre : électrique, à hydrogène, ou cycle à pédalage assisté neuf (nouveau : décret 2024-690)

Le délai pour demander. La demande doit intervenir dans les 6 mois de l’événement. Par exception, elle peut être présentée à tout moment en cas de rupture du contrat, décès, invalidité, surendettement, violences conjugales ou activité de proche aidant (article R. 3324-23).

⚠️ Attention aux dates d’application. Les nouveaux cas issus du décret du 5 juillet 2024 ne valent pas rétroactivement. Pour l’activité de proche aidant, la règle s’applique aux demandes présentées après le 7 juillet 2024. Pour les travaux de rénovation énergétique et l’achat d’un véhicule propre, elle s’applique aux faits générateurs postérieurs à cette date, un achat de véhicule électrique réalisé en juin 2024 n’ouvre donc pas droit au déblocage.

Le rôle du CSE

Négocier l’accord. En l’absence de délégué syndical, le CSE peut conclure l’accord de participation, c’est l’un des rares domaines où il dispose de ce pouvoir.

Peser sur la répartition. C’est le principal levier réel des élus : le mode de répartition change concrètement ce que touche chaque salarié.

Vérifier le calcul de la RSP. Le CSE peut demander communication des éléments de calcul et, en cas de doute, s’appuyer sur son expert-comptable dans le cadre de la consultation sur la situation économique et financière.

Alerter sur les remontées de bénéfices. Lorsqu’une filiale ne dégage jamais de participation parce que les bénéfices remontent systématiquement à la holding, le CSE peut demander l’ouverture d’une négociation d’accord de groupe.

Réclamer un supplément de participation lorsque les résultats du groupe le justifient, même si la formule légale ne dégage rien.

Sources : Code du travail (articles L. 3321-1 et suivants, L. 3322-2, L. 3323-5, L. 3324-5, L. 3324-10, R. 3324-22, R. 3324-23) ; loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 relative au partage de la valeur ; décret n° 2024-690 du 5 juillet 2024.

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