L’expertise libre : financer ses propres experts sur le budget de fonctionnement
Le CSE dispose d’un droit à l’expertise libre : il peut désigner n’importe quel expert, sur n’importe quel sujet, financé sur son propre budget de fonctionnement. C’est ce droit que cet article explore.
Même si les élus étaient à plein temps dans leur mandat, le recours à des experts resterait indispensable : nul ne peut maîtriser seul des domaines aussi variés que la comptabilité d’entreprise, la réglementation sociale, les plans sociaux, la formation continue ou le droit des sociétés.
Le cadre légal du recours à l’expertise libre
Le CSE peut faire appel à tout type d’expertise, rémunérée sur son budget de fonctionnement (article L. 2315-81).
La procédure à suivre :
- L’expert est désigné après deux votes en séance plénière (principe du recours + choix du cabinet)
- Il reçoit un cahier des charges transmis à l’employeur
- Il dispose d’un libre accès à l’entreprise (article L. 2315-82)
- L’employeur bénéficie d’un délai de réponse rapide (articles R. 2315-45 et R. 2315-46)
- L’expert est soumis à la confidentialité (article L. 2315-84)
💡 Le CSE a tout intérêt à rencontrer l’expert potentiel en amont pour vérifier ses références et s’assurer que sa méthode de travail correspond à ses attentes.
Dans quels cas recourir à un expert libre ?
Un expert peut accompagner le CSE sur de nombreux sujets :
- Analyse des documents de consultation (politique sociale, conditions de travail, emploi)
- Étude d’un projet de réorganisation, de fusion ou de scission
- Préparation d’une consultation sur la formation continue, notamment avec la commission formation (obligatoire à partir de 300 salariés)
- Proposition d’alternatives aux projets de l’employeur
⚠️ Important : l’expert n’agit pas à la place du CSE. Le comité conserve la responsabilité politique de ses décisions, même lorsqu’il suit les recommandations de l’expert.
L’assistance à distance
Des cabinets (avocats, consultants) proposent des contrats d’assistance à distance pour répondre rapidement à une question juridique ou stratégique. C’est une formule souple et économique pour les petits CSE.
💡 Mais le pouvoir de décision reste au comité, qui doit peser les risques, la stratégie et le rapport de force avant d’agir.
Expertise en cas de PSE ou d’accord de performance collective
En cas de difficultés économiques importantes, le CSE peut désigner un expert-comptable (rémunéré par l’employeur) pour analyser un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) ou un accord de performance collective (APC, article L. 2254-2).
💡 Les ordonnances Macron de 2017 ont créé l’APC en fusionnant notamment les anciens accords de maintien de l’emploi et les accords de préservation ou de développement de l’emploi.
Un expert technique peut également être désigné pour :
- Vérifier le respect de la procédure
- Évaluer les conséquences sociales du projet
- Identifier les besoins d’accompagnement des salariés (formation, mobilité, création d’entreprise)
Cet expert complète l’expert-comptable, qui se concentre sur les aspects économiques et financiers. Son financement relève du budget de fonctionnement du CSE.
⚠️ Le budget de fonctionnement du CSE, instauré par la loi Auroux du 28 octobre 1982 pour le comité d’entreprise, sert précisément à financer ce type d’expertises libres.
L’expert en réunion plénière
Lorsque les réunions CSE sont conflictuelles, avec l’employeur ou entre élus, faire intervenir un expert sur un point précis de l’ordre du jour peut aider à :
- Clarifier le droit applicable
- Rétablir un climat de travail constructif
- Apaiser les tensions grâce à une tierce parole compétente et neutre
Checklist de l’élu CSE
- Cadre identifié : le sujet relève-t-il bien de l’expertise libre (financée par le budget de fonctionnement), et non d’une expertise légale ?
- Deux votes réalisés : principe du recours, puis choix du cabinet, tous deux actés au procès-verbal CSE ?
- Références vérifiées : l’expert a-t-il été rencontré en amont, ses références contrôlées ?
- Cahier des charges transmis : l’employeur a-t-il reçu le document précisant l’étendue de la mission ?
- Décision politique assumée : le CSE reste-t-il maître de sa décision finale, quelles que soient les recommandations de l’expert ?
- Budget vérifié : le budget de fonctionnement dispose-t-il des fonds suffisants pour cette expertise ?
Sources : Code du travail (articles L. 2254-2, L. 2315-81, L. 2315-82, L. 2315-84, R. 2315-45, R. 2315-46) ; loi Auroux du 28 octobre 1982 ; ordonnances Macron du 22 septembre 2017.
Recevez la newsletter mensuelle relayant l’actualité des CSE & les offres de nos partenaires
Trouvez un fournisseur, prestataire de services spécialisé CSE recommandé par MémentoCSE
