Rôle social du CSE : Comment accompagner et aider les salariés en difficulté ?
Le Comité Social et Économique est souvent perçu à travers le prisme des activités de loisirs. Pourtant, sa mission originelle et fondamentale est avant tout sociale. Face à la précarité qui peut frapper même les salariés en CDI, les élus disposent de leviers concrets pour identifier et soutenir leurs collègues en difficulté. MémentoCSE vous guide dans l’exercice de cette mission de solidarité.
Comprendre le rôle social du CSE face à la précarité
Le rôle du CSE ne s’arrête pas à la gestion des budgets. L’instance a pour mission de veiller au bien-être des salariés au sein de la communauté de travail. Être en situation d’emploi, même avec un contrat stable, n’est malheureusement pas une garantie absolue contre les aléas de la vie.
De nombreux salariés sont aujourd’hui touchés par la précarité, la pauvreté, le surendettement, le mal-logement ou encore l’illettrisme. Ces situations sont des facteurs majeurs de souffrance et d’exclusion. Identifier ces fragilités et venir en aide aux salariés en difficulté entre directement dans les missions sociales de l’instance.
La réalité de la pauvreté au travail : un enjeu de vigilance pour les élus
Malgré l’existence d’un salaire minimum en France, le travail ne protège plus systématiquement de la pauvreté. Les dernières données disponibles soulignent l’ampleur du phénomène :
- 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine en 2023.
- Le taux de pauvreté global s’établit à 15,4 %, un record depuis le début du suivi de cet indicateur en 1996.
- Le seuil de pauvreté (fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian) s’établissait en 2023 (dernière année disponible dans les statistiques officielles de l’INSEE, publiées en juillet 2025) à un revenu disponible de :
– 1 288 euros par mois pour une personne seule.
– 2 705 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.
⚠️ Ces chiffres ont trois ans. L’INSEE publie ses données de pauvreté avec un décalage méthodologique de deux ans : il n’existe à ce jour aucune statistique officielle plus récente. C’est en soi une information à garder à l’esprit, la réalité du terrain en 2026 a pu évoluer depuis cette dernière mesure.
Si la pauvreté touche en premier lieu les chômeurs, elle concerne également une part réelle des salariés. Paradoxalement, ce sont souvent les salariés les plus modestes qui se plaignent le moins auprès du CSE. Il est donc indispensable pour les élus de disposer de relais dans chaque service ou atelier pour identifier ces situations de détresse financière, familiale ou sociale.
Comment identifier les salariés fragiles ? Les outils à disposition du CSE
Pour agir, le CSE doit d’abord savoir. L’identification des bas salaires et des salariés non qualifiés est une étape clé qui s’appuie sur les documents légaux de l’entreprise.
1. L’analyse de la BDESE et du bilan social
Les élus peuvent s’appuyer sur l’analyse des informations relatives aux rémunérations pour évaluer le nombre de bas salaires. Ces données se trouvent dans la BDESE (Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales), qui contient le bilan social pour les entreprises de plus de 300 salariés.
2. Le suivi du travail à temps partiel
L’entreprise est dans l’obligation de mettre à disposition dans la BDESE, chaque année, un bilan du travail à temps partiel (nombre de salariés, sexe, qualification). Ce document est un indicateur précieux pour apprécier le nombre de travailleurs percevant une rémunération réduite.
3. Le focus sur les salariés non qualifiés
Le CSE a une responsabilité particulière envers les salariés non qualifiés, notamment à partir de 45 ans. Ces profils sont les plus exposés en cas de difficultés économiques ou de restructuration. Bien qu’il soit parfois complexe de convaincre un salarié non qualifié de se former, le rôle social du CSE consiste à l’accompagner et à l’inciter à entreprendre les démarches nécessaires pour sécuriser son parcours professionnel.
Le “Secours Exceptionnel” : Un dispositif d’aide financière directe
Au-delà des subventions classiques pour les vacances ou la culture, le CSE est habilité à accorder des aides spécifiques. Il peut notamment allouer une somme d’argent, sous forme de don, à un salarié rencontrant des difficultés financières particulières.
Les conditions impératives pour l’exonération URSSAF
Pour que l’aide soit qualifiée de “secours” et ne soit pas assujettie aux cotisations sociales, elle doit répondre à quatre critères stricts :
- Situation individuelle digne d’intérêt : L’aide doit répondre à un besoin précis et documenté.
- Caractère exceptionnel : Il ne peut s’agir d’une aide régulière ou automatique.
- Indépendance du statut professionnel : L’aide ne doit pas dépendre de l’ancienneté, du grade ou de la performance.
- Montant justifié et individualisé : La somme doit être proportionnée à la situation réelle du bénéficiaire.
💡 Le troisième critère est aujourd’hui renforcé par la jurisprudence. Les arrêts du 3 avril 2024 (n° 22-16.812) et du 12 mars 2025 (n° 23-21.223) ont confirmé l’interdiction de conditionner l’accès aux activités sociales et culturelles à l’ancienneté ou au temps de présence, une logique directement transposable au secours exceptionnel.
Modalités pratiques et gestion des dossiers
Pour sécuriser le processus et garantir l’efficacité de l’aide, voici les bonnes pratiques recommandées :
- Constitution du dossier : Pensez à conserver scrupuleusement tous les justificatifs (factures impayées, étude sociale).
- Le rôle de l’assistante sociale : Il est fortement conseillé d’orienter le salarié vers une assistante sociale. Celle-ci pourra effectuer les démarches pour obtenir des aides publiques et monter un dossier technique servant de justification au CSE.
💡 Le CSE n’est pas un service social. Au-delà de l’aide financière ponctuelle, sachez orienter vers les professionnels compétents selon la nature du besoin : assistante sociale d’entreprise ou de secteur, CCAS de la commune, CAF pour les droits sociaux, points conseil budget en cas de surendettement. - Le versement : Pour plus de sécurité, il est préférable de verser le montant du secours directement aux organismes créanciers (EDF, bailleur, etc.) plutôt qu’au salarié lui-même.
- Transformation de prêt : Un prêt consenti par le CSE et non remboursé peut être transformé en secours si une dégradation importante de la situation du salarié le justifie.
Attention : Dans le cadre des activités sociales et culturelles, le CSE ne doit jamais définir un montant « garanti » pour un secours. Un montant fixe et automatique entraînerait un redressement de l’URSSAF. Chaque secours doit résulter d’une enquête spécifique et aboutir à un montant approprié à la situation personnelle du bénéficiaire.
CONSEIL AUX ÉLUS : Votre rôle est d’être un pont entre le salarié et les solutions. En combinant l’analyse des données de l’entreprise et une écoute active sur le terrain, vous pouvez transformer le budget du CSE en un véritable filet de sécurité pour les plus fragiles.
Checklist de l’élu CSE
- Indicateurs : avons-nous analysé le bilan social et le bilan du temps partiel dans la BDESE ?
- Relais de terrain : disposons-nous d’élus référents dans chaque service pour repérer les situations de détresse ?
- Critères du secours : notre pratique respecte-t-elle les quatre critères d’exonération URSSAF ?
- Dossier : conservons-nous systématiquement les justificatifs de chaque secours accordé ?
- Versement : privilégions-nous le versement direct aux créanciers plutôt qu’au salarié ?
- Orientation : savons-nous rediriger vers l’assistante sociale, le CCAS ou la CAF selon les besoins ?
- Montant : évitons-nous tout barème fixe ou automatique pour les secours ?
Sources : INSEE, données sur la pauvreté monétaire en France, année de référence 2023 (publication juillet 2025) ; instruction ministérielle n° 986 du 17 avril 1985 (doctrine du secours) ; Code du travail (article L. 2312-78) ; Guide CSE de l’URSSAF ; urssaf.fr, prestations CSE exonérées de cotisations (mise à jour 2026) ; Cass. soc. 3 avril 2024, n° 22-16.812 ; Cass. soc. 12 mars 2025, n° 23-21.223.
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